Grande diversité de décors médiévaux comme des chapiteaux sculptés et historiés, des baies et fenêtres ornées, une mosaïque représentant des scènes de chasse. Tombeau des Rois de Navarre : Les grands-parents d’Henri IV y sont enterrés. Retour sur deux décennies
de restauration de la cathédrale.
Gui De Lons (1115-1140) : un homme dans son époque. Homme d’église, l’évêque Gui de Lons endosse également l’habit de Seigneur de Lescar et de Chevalier de Gaston IV dit Gaston le Croisé. Chef de l’église chrétienne tout autour de Lescar, il est à l’initiative de l’élévation de l’ancienne cathédrale. Au XIIe s., le Béarn part en croisade contre l’envahisseur maure. Frère d’armes du vicomte de Béarn et du roi d’Aragon, de 1118 à 1134, il lève les armées et il participe à de nombreuses batailles outre Pyrénées. A la mort de Gaston IV, il devient précepteur de son fils Centulle VI, tout en reprenant le flambeau des croisades. Fait prisonnier à Fraga en 1134, Gui de Lons est relâché contre une rançon mais, avec les yeux crevés par l’ennemi. Il décède en 1140 alors que « sa » cathédrale n’est pas achevée. Cette dernière sera consacrée en 1145.
* Premier ¼ du XIIe siècle Gui de Lons, évêque de Lescar, lance la construction d’une cathédrale sur l’emplacement d’une chapelle-cathédrale élevée aux alentours de l’an mil.
* 1145 Consécration du nouvel édifice cathédral dédié à Notre-Dame de l’Assomption : les parties maîtresses de l’édifice sont probablement achevées (les 3 absides et les transepts) ; les travaux se poursuivent tout au long du siècle. L’édifice est protégé par une charpente de bois basse. De cette époque, l’édifice à garder de nombreuses sculptures : certains modillons et chapiteaux, les décors des baies des absides et une partie de la mosaïque de sol.
* XIIIe - XIVe siècle Certainement suite à la chute du clocher situé au dessus du portail ouest, première surélévation de l’édifice. La charpente de bois qui porte les toitures est remplacée par un voûtement de briques et de pierres. Une toiture en forme d’arrête de poisson est posée, des baies sont ouvertes dans la voûte de la nef.
* XVIIe siècle Restauration de la croisée des transepts effondrée en 1599. Surélévation probable de l’édifice qui se traduit par l’ouverture de baies néo-gothiques sur les bas côté sud et nord et la fermeture des baies romanes des bas-côtés et des baies de la nef ; Création des peintures murales de l’abside principale ; Pose de stalles dans la nef et ouverture de la porte Nord.
* 1791 Rattachement de l’évêché de Lescar à celui de Bayonne et d’Oloron. La cathédrale n’a plus que le statut d’église paroissiale. Confisquée au clergé, elle devient la propriété de la commune de Lescar.
* 1840 L’église Notre-Dame de l’Assomption est classée à l’Inventaire des Monuments Historiques. Une immense campagne de restaurations débute : peinture murales des absidioles, réfections de certains chapiteaux et de modillons, restauration avec dépose de la mosaïque romane, pose d’un nouveau sol en carrelage de Maubeuge.
* 1886 Restauration de la mosaïque romane. Elle est déposée et transportée dans l’atelier parisien de Jean-Dominique Facchina, maître mosaïste.
* 1929 Découverte de l’accès à la crypte (condamné à la suite) et mise au jour de certaines sépultures identifiées comme étant celles de certains reines et rois de Navarre. A l’occasion de ces travaux de fouilles mise au jour d’une crosse épiscopale du XIIIe siècle et d’une bague.
* 1985-1986 Mise au jour d’une sépulture d’un évêque dans la sacristie primitive de l’édifice. Depuis, une partie du mobilier, dont une crosse épiscopale, qui pourrait être attribuée à l’évêque bâtisseur : Gui de Lons.
Il aura fallu près de 20 ans pour que les restaurations de l’ancienne cathédrale de Lescar aboutissent. Classée à l’inventaire des Monuments Historiques, elle a bénéficié d’un programme de restaurations mis en place en étroite collaboration avec les services déconcentrés de l’Etat. En 1991, une première étude documentée avec un plan de travaux, confiée à l’Architecte en Chef des Monuments Historiques, est réalisée : Bernard Voinchet sera de toutes les opérations. Missionné par l’Etat, il est le maître d’ouvrage des différentes campagnes qui se sont succédé. La dernière, celle entamée cette année, fait suite à une volonté politique forte. En effet, la Ville de Lescar avait manifesté son intention de réaliser cette ultime opération dès juin 2003. Par courrier, elle demandait à la DRAC de la lancer dès 2004. Faute de réponse satisfaisante et face aux dégradations actives du chevet intérieur, par délibération du 9 septembre 2005, le Conseil Municipal autorisait Monsieur le Maire à saisir Monsieur le Ministre de la Culture et de la Communication. En janvier 2006, Monsieur le Maire envoyait un dossier complet sur l’édifice pour rappeler les engagements de l’Etat pris en 1991. Trois mois plus tard, le dossier était relancé pour se concrétiser au début cet été.
Le rôle des décors des édifices religieux n’était pas, à l’époque de leur création, que décoratif. Il s’agissait de tenir un discours à fonction didactique évoquant les cycles historiés ou les mystères chrétiens. D’ailleurs, le motif central de la peinture de la voûte de l’édifice représente le couronnement de Notre-Dame en référence à la consécration du lieu : Notre-Dame de l’Assomption. Le travail de conservation d’une œuvre n’est ni une course au prestige, ni une mise en concurrence et encore moins le leurre entretenu par les démangeaisons d’expérimenter ou d’inventer des méthodes scientifiques encore plus «avancées ». Chaque œuvre est unique et contient sa propre histoire. Elle a subi à sa manière le vieillissement, voire une lente ou brutale destruction, causé par le temps ou les hommes. Pour être restaurée, l’œuvre doit être comprise. La tâche du restaurateur est de conserver les aspects essentiels d’une image vivante avec ses patines et ses changements apportés par le temps. Il doit s’efforcer, le mieux possible, de préserver l’intégrité esthétique de l’original. Les restaurateurs qui se penchent sur la mosaïque, Stéphanie Broquedis pour la Socra, et sur les peintures murales, Françoise Piquemal-Tartié assisté de Jean-Pierre Balague, respectent cette éthique.
Depuis quelques années, la mosaïque était en souffrance. L’assainissement de l’ancienne cathédrale a perturbé fortement le climat ambiant intérieur.
La mosaïque, qui depuis toujours baignait dans un milieu humide impropre à sa conservation, s’est retrouvée brusquement en milieu plus sec provoquant des effets secondaires non maîtrisés : des sels sont remontés et se sont accumulés, les tesselles ont été fragilisées. Pour permettre la conservation future de cette œuvre unique, une intervention d’urgence a été lancée. Les restaurations parasites du XXe s. ont été supprimées alors que celles du XIXe s., faites dans les règles de l’art, ont été respectées. La mosaïque a été consolidée sur 2 zones. Là où les tesselles ont sauté, l’intervention a consisté à creuser dans l’épaisseur du mortier sur une profondeur de 2 cm, à remettre un mortier fait à l’identique (chaux, poudre de brique et poudre de pierre), à poser de nouvelles tesselles, à jointer, à lisser le sol pour aplanir les surfaces et enfin à cirer l’ensemble afin de la protéger du temps et d’en raviver les couleurs. La difficulté rencontrée a été de retrouver des tesselles aux couleurs identiques. Pour cela, la Socra a soit fait un réemploi d’anciennes tesselles, soit puisé dans son stock de marbre des Pyrénées, soit recherché des briquettes aux couleurs les plus proches. En effet, bon nombre de tesselles sont en marbres, mais les rouges sont en terre cuite.
L'intervention qui a débuté en mars 2008 sur les peintures XVIIème siècle est d'un tout autre registre. L'enjeu est de faciliter la lecture de l'œuvre dans son intégralité. Toutes les peintures ont été nettoyées et consolidées. En parallèle à la restauration, relevés et analyses ont été faits pour apporter des précisions complémentaires à la connaissance de l’ensemble telles que l’identification des repeints XIIIe et XIXe s ou l’état des altérations. Néanmoins, certaines incertitudes demeurent. Les peintures ont été nettoyées et les couleurs ravivées : des dominantes de bleu et de rouge qui offriront au regard un résultat assez spectaculaire surtout pour ceux qui connaissaient les peintures avant restauration.
Textes rédigés en concertation avec les restaurateurs de la mosaïque et des peintures.
Le couronnement de la ViergeSi ces peintures ont été oubliées c’est certes qu’elles étaient difficiles à lire pour le grand public. Situées dans un espace mal éclairé quoique derrière l’autel, très abîmées, la partie la plus basse était absente ; mais surtout personne à ce jour ne les avaient étudiées. Elles étaient simplement décrites dans un ouvrage du XIXe s. et à peine mentionnées dans un autre de la fin du XXe s. Les peintures murales sont déclinées sur 4 niveaux : le registre inférieur a totalement disparu suite à divers travaux d’embellissement du à la succession de prélats et de modes, il y avait 6 scènes de la vie de la Vierge plus une scène centrale peinte sur un retable disparu ( l’assomption de Notre-Dame). Le registre médian représente 4 scènes de la vie de l’enfant Jésus (la naissance, l’adoration des mages, la circoncision et la fuite en Egypte) dont 3 ont été restaurées au XIXe siècle ; le registre supérieur représente 2 rois (David et Salomon) et 2 prophètes (Isaïe et Jérémie). Le cul-de-four, représente le couronnement de la Vierge. Quand la Ville de Lescar a décidé de tout faire pour les restaurer, elle a un peu parié. C’est avec une grande et heureuse surprise qu’elle a pris conscience du résultat grâce aux restaurateurs. L’atelier de restaurations de Françoise Piquemal-Tartié a fait un excellent travail dans le respect de l’œuvre.